Fonds ArGiLe – retours de terrain

ArGiLe met à disposition des étudiants un Fonds de soutien aux travaux de master. L'une des conditions pour bénéficier du soutien d'ArGiLe est de produire un article relatant le travail de terrain de l'étudiante. Vous retrouverez tous les articles ici.


Anne-Sophie Gavin – Douala (Cameroun) – Janvier à Mars 2017

Stage à la CUD

Cette aventure à Douala (Cameroun) n’était pas un simple voyage dans une ville un peu folle. Il était question de récolter des données pour mon mémoire. J’ai été accueillie par la Communauté Urbaine de Douala (CUD) pour étudier la capacité des ménages pauvres de Maképé I Missoké à faire face aux inondations. Ce quartier marécageux est un site pilote d’un projet qui vise à améliorer les connaissances de la ville sur les effets du changement climatique et les conditions de vie des quartiers précaires sujets au risque inondation.


Figure 1 -  Visite de chantier en compagnie de ma collègue Peggy. Un projet de construction de 47 km de drain veut améliorer les ruissellements pour limiter les inondations (ASG: 12.04.17)

 

Terrain d’étude: Maképé I Missoké

«Missoké» est un quartier d’habitations informelles et précaires qui s’est fortement développé dans les années 2000. Toutes les parcelles à Douala étant occupées, les nouveaux arrivants s’installent dans des zones inondables. Les inondations interviennent à chaque saison des pluies, car l’eau des fortes pluies et des écoulements en amont ne trouve pas d’exutoire. Le terrain remblayé des nombreuses maisons et l’accumulation des déchets réduisent la zone de déversement propre au marécage. L’eau peut monter jusqu’à 2m par endroit mais redescend après 2h.


Figure 2 - cours d’eau traversant le quartier, vue depuis la maison du chef dans l’eau (ASG: 12.02.17)

 

L’adaptation aux inondations

Les habitants du quartier qui n’ont pas d’autres endroits où vivre s’adaptent aux inondations. Ils construisent des maisons surélevées délimitées par des murs pour protéger l’intérieur (figure 2). Le chef de quartier organise des travaux collectifs pour maintenir les ponts, les routes et débroussailler les herbes afin de faciliter le transit de l’eau.

Figure 3 - Participation à la réunion des femmes du bloc 11 en compagnie du Chef. Rare moment de partage avec les femmes. Les habitants s’organisent en tontine (groupe d’entraide financier) afin de pouvoir investir dans des projets personnels (ASG: 28.02.17).

Figure 4 - Vue des bas-fonds marécageux de Missoké sujets aux inondations pendant la saison des pluies (ASG: 28.02.17)

 

 

 


Camille Bochet – Népal – Février 2017

L’apprentissage du travail de terrain

Février 2017, je m’envole pour le Népal afin d’y réaliser mon travail de terrain dans le cadre de mon Master en Etudes du Développement et Environnement. Appréhension, fierté, curiosité, plusieurs sentiments s’entremêlent dans ce départ pour une aventure préparée depuis bientôt une année.  

Ce temps a été nécessaire notamment pour chercher une organisation partenaire qui pourrait m’apporter un soutien logistique et de connaissance du terrain, en l’occurrence l’Himalaya népalaise. En contrepartie, je souhaitais que mon travail apporte des données qui puissent être utiles, par exemple à un acteur du développement. Chose plus motivante que d’imaginer son rapport finir dans les tiroirs des archives de l’Université…

Ceci m’a donc amené à développer un partenariat avec l’ONG Norlha et intégrer leur équipe travaillant sur des projets mettant l’accent sur le rôle clé joué par les femmes dans le développement des activités agricoles de certains villages de montagne. Au-delà de la nécessité de considérer autant les hommes que les femmes dans les projets de développement, dans des pays aux coutumes très patriarcales, le Népal est confronté à une migration masculine massive vers les pays du Golfe, de la Malaisie et historiquement de l’Inde. C’est ainsi que je me suis intéressée à l’impact de l’absence de cette majorité d’homme sur la capacité des femmes à maintenir et développer des projets dans l’agriculture.

L’arrivée à Katmandou est un vrai choc : pollution, poussière, chaleur, cahot intégral dans les rues où motos, taxis et bus se déversent dans un concert de klaxons (qui seront interdit 1 semaine avant mon retour en Suisse !). Je m’inquiète presque un peu à l’idée de devoir me déplacer dans cette ville pour aller à la rencontre de mes contacts préétablis en Suisse et interviewer ces chercheurs ou membres d’ONGs qui ont généreusement répondu à mes sollicitations. Mais les doutes seront vite levés et après quelques jours d’adaptation je n’ai plus d’appréhension à négocier les prix des taxis, sans toutefois avoir osé prendre le bus, car tout était écrit en népali. Arrive enfin le temps où je pars pour « mon » terrain de recherche.

Le trajet jusqu’à Gatlang dure normalement une journée entière, avec une majorité du parcours s’effectuant sur une route non-asphaltée de montagne. Autant dire que l’on sait quand on part mais pas forcément quand on arrive.

Arrivé dans le village, il faut à nouveau s’adapter à un nouvel environnement. Si l’air est cette fois pur et que les températures ont drastiquement baissé, tout est beaucoup plus rustique. Ce qui donnera la possibilité à un animal non identifié (chat, fouine, rat ?) de venir se promener sur mes jambes la première nuit… Je ne sais pas lequel de nous deux aura eu le plus peur au final. Rapidement, on met en place des stratégies avec mon interprète anglo-tamang, le dialecte de la communauté, pour entrer en contact avec les femmes ciblées pour mon travail, les rencontrer et que je puisse collecter des données qualitatives utiles au développement de mon mémoire. Mais ce n’est pas facile de travailler en utilisant un « filtre » aux mots et expressions de mes interlocutrices.  Un autre obstacle est la présence de tierces personnes durant les interviews, d’autant plus si celles-ci sont les maris, beaux-frères et autres membres masculins dominants de la famille. Les femmes sont dans ces cas souvent plus discrètes, s’épanchent moins sur les difficultés d’être une femme, d’élever des enfants et travailler, beaucoup, dans les champs.

De part mon statut de femme européenne, perçue comme tous les autres touristes, il aura été très dur de casser cette image d’étrangère. Une personne de plus ou de moins à venir leur poser des questions ne changerait de toute façon pas beaucoup leur vie. Ils en ont vu passer tant d’autres avant, qui leurs ont donné de l’argent, promis monts et merveilles, sans suite. A ce sujet, Dipshika, une pétillante trentenaire vivant à Katmandou et travaillant dans le développement m’a raconté l’histoire suivante : « Dans les enquêtes de terrain, prends la plus vieille femme du village le plus reculé du Népal. Elle te demandera avant l’entretien : « Bachelor, Master ou PhD ? ». En fonction de ta réponse, elle te dira ce que tu veux entendre ». Par ces mots, Dipshika, ayant elle-même fait des travaux de terrain pour son master, traduisait la fragilité des réponses obtenues auprès des populations inlassablement ciblées par les programmes d’aide au développement et les divers travaux de recherche en anthropologie, géographie, développement, etc. L’espoir d’obtenir quelque chose, ou encore la lassitude de ne pas voir sa situation évoluer, influence en effet certainement le comportement et les propos de ces hommes, femmes et enfants, devenant parfois peut-être qu’un simple numéro, anonymisé, sur un fichier Excel.  

Dans ce contexte, les résultats de ma recherche sont limités dans l’espace et dans le temps, puisque la situation des femmes à Gatlang n’est de loin pas la même que dans les communautés hindouistes des plaines fertiles du Terai et que la globalisation des échanges entraine des changements rapides de société. Mais qu’à cela ne tienne, c’est une expérience humaine qui laissera une trace indélébile dans mon parcours de vie, ma relation à la recherche de terrain et au développement plus généralement.

 

 

 


Jérémy Jardin – New-York – Avril 2017

Vers une nouvelle qualité urbaine – La reconversion de la High Line de New York comme support d’une nouvelle typologie d’espace public.

Le mémoire est une étape inéluctable du parcours universitaire. Dans une grande majorité des cas, sa réalisation est ponctuée par un travail de terrain durant lequel l’étudiant procède aux relevés qu’il juge nécessaire pour répondre à la problématique énoncée. Dans mon cas, l’intérêt du travail de terrain s’est manifesté selon différentes dimensions. Certes, il a avant tout servi un but scientifique, notamment pour l’obtention des données nécessaire à la rédaction de mon mémoire. Mais il s’est également décliné sous des aspects plus personnels. 

Tout d’abord, le choix du cas d’étude – la High Line de New York – découle directement du travail personnel de recherche que j’avais effectué au stade du Bachelor et qui portait déjà sur ce parc. À ce moment, j’avais pu découvrir une facette de l’urbanisme qui associait le paysagisme et la reconversion urbaine, suscitant un intérêt certain pour moi. N’ayant pas pu me rendre à New York à cette période, il me paraissait inévitable de parcourir ce parc dans le cadre de mon mémoire. Ceci m’a permis d’appréhender de façon concrète des aspects que j’avais alors abordés sous un angle strictement théorique. Ainsi, par ce travail de terrain, il m’a été possible de mettre des images sur ce que j’ai pu apprendre et de donner un sens concret aux mots que j’avais rédigés.

Outre cet aspect purement personnel, l’analyse in situ de la High Line m’a permis d’appréhender de manière plus générale les aspects divers du travail de terrain. Ainsi, l’importance des étapes préparatoires, la rigueur dans la prise d’informations une fois sur place et la minutie dans l’analyse des données récoltées ont été mis en exergue. En effet, il est apparu qu’entre la préparation du travail de terrain et la réalité constatée, il y a parfois des aléas qui impliquent une capacité d’adaptation afin de mener à bien le relevé des données. Qu’il s’agisse de la météo, de manifestations temporaires ou de travaux, les éléments pouvant perturber ou modifier la perception du cas d’étude in situ sont nombreux et variés. L’analyse des informations récoltées une fois le travail de terrain terminé présente également la nécessité de s’adapter et renforce l’importance du travail préparatoire. En effet, il m’est arrivé à plusieurs reprises de me dire, lors de la rédaction de mon travail, que j’aurais pu faire telle photo différemment ou me concentrer sur tel aspect plus en profondeur, tout ceci dans le but d’optimiser l’illustration de mon analyse.

Ainsi, et en guise de conclusion, je dirais que mon travail de terrain m’a offert la possibilité de tester les connaissances acquises durant mon cursus de façon empirique. Il a également permis de m’enrichir, professionnellement, mais aussi et surtout culturellement, particulièrement grâce à la découverte d’un lieu, d’une ville et d’une culture qui m’étaient jusqu’alors connus que depuis les livres et les films.


Figure 1 – Illustration des aléas qui peuvent altérer la perception du site. Ici des toits de protection en raison d’un chantier de construction à proximité. Photo : Jardin, 2017.

Figure 2 – Entrée sud du parc, à la hauteur de Gansevoort Street. Photo : Jardin, 2017.